En marchant dans les rues de Cayenne, je me disais que l’ambiance et la ville sont difficiles à expliquer à celui.le qui n’ai jamais venu. Je trouve la ville belle par son désordre, et sale à la fois. J’ai fais très peu de photos de la ville d’ailleurs, car ça ne rendait pas compte de ce que je pouvais observer : l’ambiance, les odeurs, les gens qui passent…
Cayenne c’est la grosse ville, même si elle reste relativement petite (63 000 habitants). Les gens se connaissent assez vite, on se croise facilement dans les rues. Cela m’a rappelé les paroles d’une Guyanaise qui m’avait dit : ici en Guyane, rien ne sert de faire les choses en cachette : tout se sait !
Notre séjour dans « la ville capitale », comme on l’appelle parfois, nous a permis de mieux connaître son architecture (notamment les maisons), son histoire ou encore de mieux se repérer.
Personnellement, cela faisait longtemps que je voulais voir l’intérieur d’une maison créole et comprendre comment elle était organisée. Chose faîtes grâce à la visite de la maison de Herménégilde Tell, seul directeur du bagne noir.
Les maisons créoles se ressemblent par leur forme et leurs couleurs souvent vives. Elles sont souvent à un étage avec un petit balcon devant, pour discuter avec les voisins. Les fenêtres n’ont pas de vitres, seulement des persiennes qui laissent passer l’air et la lumière. Ces persiennes permettent également aux habitants d’observer la rue, tout en restant caché.
Au rez de chaussée, il y a une petite cour, avec le puit pour l’eau (souvent partagé entre deux maisons), la cuisine (appelé potager) et la salle de bain. Il y a également un salon pour recevoir. Les chambres sont à l’étage.
Nous aurions aimé faire plus de musées ou de sentiers autour de Cayenne, mais le shopping nous a accaparé en vue du déménagement imminent. Mais c’est pas dit qu’on ne revienne pas passer un weekend à Cayenne pour continuer nos visites !
Notre dernier arrêt fut sur la Place des Palmistes, lieu emblématique de Cayenne pour ses monuments, sa grande esplanade et ses palmiers royaux. En cliquant ici, vous verrez quelques photos.
Comme les Guyanais, nous sommes allés chercher à manger dans les petits camions qui proposent de la nourriture rapide à emporter : croque monsieur, burger, crêpes. On a même trouvé des kebabs et tacos !
Nous n’avions jamais été aussi loin à l’Ouest, nous voilà arrivé jusqu’à Sinnamary, qu’on ne pensait pas aussi loin (environ 3h30-4h de route depuis Régina). Sinnamary est un petit village ( moins de 4000 habitants), tranquille, le long du fleuve du même nom. J’ai trouvé que l’athmosphère était un peu celle de Régina, en plus grand !
Nous avons d’abord été hébergé chez un couple d’apiculteurs passionnés et adorables ! Nous avions un super petit gîte pour nous. Le monsieur a pu nous expliquer son métier et nous montrer également quelques unes de ses ruches. Malheureusement, il avait vendu tout son miel.. Il faut attendre octobre/novembre pour pouvoir en goûter désormais.
Ce jour là, on avait décidé aussi de ne pas faire de sentier, mais plutôt une activité tranquille : nous voilà donc parti observer les caïmans ! Drôle d’occupation me direz-vous !
Effectivement Sinnamary est entouré de marais (pripri en créole). Ces zones sont d’une grande diversité au niveau faune et flore. C’est ici que l’observation des oiseaux est la plus facile (même si ce ne sont pas les mêmes qu’en foret). Et donc, dans les marais, on trouve également des caïmans. Ici, les caïmans à lunettes.
Pour les observer, nous sommes allés à l’ilot Caïmans, drôle de lieu. Au départ, il y a 25 ans, les propriétaires avaient acheté le terrain pour faire des bungalows pour touristes. Ils avaient également construit un canal pour avoir une zone de baignade, alimenté par l’eau des marais tout proche. A la fin des constructions, surprise : le lieu était habité par de nombreux caïmans, rendant la baignade impossible pour les touristes… Ils ont donc décidé de changer l’activité du lieu, et de nourrir chaque jour les caïmans. Mais ces derniers restent tout de même sauvage et dans la nature : après leur repas, ils repartent comme ils sont venus.
Le lendemain, nous sommes allés à la Maison de la Nature et aux pripri de yiyi (les marais de yiyi donc). C’est un lieu aménagé pour observer les marais. Il vaut mieux y aller très tôt, comme partout, pour observer les animaux ! Nous avons cependant vu de très beaux oiseaux (mais pas de photos à vous montrer…).
Retrouvailles avec la nature de Guyane ! C’est toujours dépaysant de passer deux jours entiers en forêt, sur l’eau, à écouter la nature, le clappement de la pagaie sur l’eau ou encore le moindre craquement de feuilles..
Nous sommes partis deux jours avec Yann, guide canoë et un petit groupe de 6 autres personnes. Direction Petit Saut : un autre projet controversé de Guyane (on parlera du centre spatial dans un prochain article). La zone de petit saut est né de l’inondation d’une immense zone autour de Sinnamary (la taille d’un département : 350 kilomètres carré). Avant petit saut, c’était la forêt et le fleuve Sinnamary au travers (un très beau fleuve, faits de torrents et de sauts selon les habitants). Mais en 1994, un barrage est créé pour approvisionner la Guyane en électricité. Un désastre écologique pour certains, une nécessité pour d’autres. Sujet à approfondir dans les prochaines semaines ! Quelques informations sur cette page.
Toujours est-il qu’aujourd’hui, le paysage est unique en Guyane : une forêt inondée, des arbres qui s’élèvent au milieu de cet immense lac, et des allures parfois de fin du monde.. Paysages apocalyptiques, notamment sous la pluie battante. Car nous avons eu la chance de voir Petit Saut sous le soleil, sous la pluie battante et sous la brume. Pour ma part, Petit Saut sous la brume est le paysage le plus beau que j’ai vu en Guyane depuis notre arrivée. J’avais l’impression d’être dans une immensité naturelle, toute petite sur mon canoë, sans faire un bruit et à écouter la nature, qui nous la bien rendu. Nous avons pu observer des petits singes, mais surtout des oiseaux : toucans, aras, amazone, oiseau vache, Martin pêcheur.. Avec les jumelles, ça change tout !
Le canoë permet de varier les sensations de celles de la randonnée. On travaille davantage les bras et on essaie de filer sur l’eau, en douceur et sans faire de bruits. Avec Maxime, nous voulions tester le kayak individuel, et c’était le bon choix. Au moins, nous pouvions chacun aller à notre rythme, observer à notre manière.. Faire du kayak avec Yann nous a permis de progresser un petit peu : moins se fatiguer, tenir correctement une pagaie, prendre soin de son canoë.
On a aussi appris avec lui à monter un carbet bâche ! Effectivement, c’était pour nous une première : le carbet bâche ! Faire un carbet bâche, comme son nom l’indique, c’est monter son campement, généralement dans la forêt, sans aucune structure. C’est à dire que nous sommes arrivés dans la forêt, il n’y avait rien, seulement les arbres. Nous avons installer notre hamac entre deux arbres, et protéger le tout avec une bâche. Le lendemain, nous avons démonté et ainsi laissé aucune trace de notre passage Avec Maxime, nous étions septiques jusque là sur notre capacité à monter un campement, nous savons désormais comment faire : installation de la bâche, type de nœud, petites astuces pour être protéger de la pluie.. Finalement, nous avons plutôt bien dormi, la forêt était calme ce jour là…
Première étape de notre voyage : les îles du salut ! Nous sommes partis pour 2 jours sur l’île Royale, à 14 km de Kourou.
Les îles du salut sont tristement célèbres pour leur histoire. De nombreux sites ou reportages expliquent leurs histoires, petit rappel historique :
Les îles ont été nommées ainsi car en 1764, après une tentative (ratée) de peuplement de la Guyane, les survivants se réfugient sur ces îles. Effectivement, le continent leur avait été bien hostile : traversée de l’atlantique difficile, maladies, climat tropical, populations réticentes.. Sur les 12 000 hommes partis, la moitié périront. Une partie des survivants iront se réfugier sur ces îles, nommés « Îles du salut ». Mais c’est au XIXème que l’histoire du bagne commence.. Comment faire en sorte d’éloigner médiatiquement et politiquement les indésirables que la France rejettent ? En les envoyant de l’autre côté de l’atlantique, dans cet îlot perdu : c’est le début de l’histoire du bagne.
Les 3 îles ont chacune leur fonction : L’île Royale, la principale. C’est là que tout le système administratif du bagne se met en place : caserne, ateliers pour travailler, église, hôpital, maisons des gardiens, bâtiments des bagnards..
L’hopital
Eglise : messe obligatoire le dimanche
Le poste de commandement
L’île Saint Joseph, pour les bagnards à la plus lourde peine : ceux qui ont tenté de s’évader, ceux réputé les plus dangereux…Ici, le silence est imposé et les conditions de vie encore plus difficiles.
L’île du Diable : la plus célèbre, pour avoir accueilli des prisonniers politiques, comme Dreyfus ou d’autres.
On aperçoit la petite cabane où vivait les prisonnier de l’île du diable
Aujourd’hui, on peut visiter l’île Royale et l’île Saint Joseph. Avec le confinement, le fonctionnement du tourisme à repris à vitesse réduite, nous avons pu voir seulement la Royale. Drôle d’ambiance dans un cadre idyllique. Des palmiers, des eaux claires (contrairement au bord des côtes Guyanaise), une nature verdoyante. Mais aussi les vestiges de cette histoire, finalement récente. Les bâtiments sont bien conservés et on retrace facilement l’organisation de la vie sur place. Une auberge assure désormais le tourisme. Nous avions opté pour une chambre, dans la maison des gardiens.. L’endroit à été réaménagé depuis la fin du bagne, mais c’est tout de même assez bizarre de dormir dans ces lieux historiques.. Maxime était pas forcément à l’aise, et moi non plus à l’idée de dormir dans ce qui a sans doute été la maison d’un bourreau et de sa famille.. Si nous avions choisi l’option hamac (fermé en ce moment), nous aurions dormi dans les anciennes bâtisses des bagnards.. C’est donc un drôle de mélange de sensation : on se baigne où les bagnards faisaient leur toilette (à l’abri des requins, nombreux à l’époque), on mange dans l’ancienne caserne militaire et on se repose face à la cabane où Dreyfus à passer de longues heures à espérer un nouveau procès..
Un autre aspect de l’île intéressant : la faune et la flore ! On a vu pleins de petites bêtes !! Un iguane, un ara, des perroquets, des agoutis, et pleins de singes Capucins !! C’est assez dingue de se dire que tous ces animaux sont visibles à leur état sauvage. C’est une des choses que nous apprécions en Guyane : tous les jours, nous voyons des animaux sauvages (autre que des pigeons).
Singe capucin
J’ai trouvé l’ambiance pesante et je n’étais pas forcément à l’aise dans l’une des chambres des gardiens. L’atmosphère ne me rendais pas serein. La forte chaleur liée au contraste entre l’histoire honteuse de ce lieu et la beauté omniprésente de l’endroit est assez déconcertante. La dernière fois que j’ai ressenti cette ambiance pesante, c’était lors de la visite du camp de Birkenau (Auschwitz II) où j’avais eu du mal à comprendre le contraste entre l’histoire du lieu et certaines personnes qui prenaient des photos un peu partout, c’était déroutant.
L’activité touristique reprenant petit à petit, nous n’avons pas pu voir le bâtiment des bagnards et le musée. C’est dommage car cela fait bizarre de faire presque uniquement du tourisme simple sur un lieu chargé d’histoire. J’espère que nous pourrons y retourner pour voir Saint Joseph et voir le musée afin d’en apprendre plus.
Niveau positif, le lieu vaut le coup car on y retrouve les animaux et la nature comme presque partout en Guyane, mais cela fait plus carte postale et les paysages sont différents que sur le continent, ça fait plaisir de découvrir de nouvelles vues et de voir que la Guyane regorge d’endroits magnifiques.
Le weekend dernier, nous sommes restés sur Régina car Maxime voulait travailler un petit peu, et puis des fois c’est bien aussi de rester à la maison !
On a quand même été s’aventurer aux chutes Tibourou, au PK74 (point kilométrique 74). Ici, on utilise beaucoup plus qu’en France les PK (pour les adresses des gens, pour les destinations…). Sur la route de l’Est (la nôtre), ou celle de l’Ouest, on situe les gens en demandant « quel PK? ». Tout ça pour dire que Régina est au PK 107 route de l’Est, à 107 kilomètres de Cayenne (plus ou moins, le PK 00 est dans la zone industrielle).
Les chutes Tibourou ne sont pas dans les guides, c’est par le bouche à oreille qu’on s’y rend. Après une petite marche d’une trentaine de minutes, plutôt boueuse et jonchées de troncs, on arrive aux fameuses chutes : des cascades en plein milieu de la forêt !! Un vrai havre de paix dans un endroit paisible !
Il y avait pas mal de monde à notre arrivée, mais une heure plus tard, presque plus personne… Avec une autre famille, on profitait des petits bassins et jaccuzi naturel (pas très très chaud non plus).
En vrai, les photos donnent un aperçu, mais bien loin de la réalité. Pas facile de prendre des photos avec autant d’arbres autour ! Et d’humidité dans l’air..
On part en vacances vendredi ! On emmène pas l’ordinateur alors on vous donne RDV à notre retour pour vous raconter tout ça 😉
Pour vous mettre l’eau à la bouche : décollage de fusée, montagne des singes, îles du salut, sentier Molokoi (avec une touche d’appréhension : est ce que je vais vraiment galérer ???), lac de petit saut en kayak… Programme chargé, et toujours dans la nature !! 😀
Le mois d’août avance tranquillement et le mois de janvier paraît bien loin. Il faut dire que les derniers mois sont passés vite et ont été remplis par différentes aventures. Au moment où j’écris ces quelques lignes, le couvre feu est allégé donc la situation se stabilise et devrait s’améliorer dans les semaines qui suivent.
Nos vacances arrivent à grand pas et nous ne pourrons pas aller dans l’ouest guyanais car un barrage est toujours présent mais il y a plein de choses que nous pouvons découvrir et l’ouest attendra !
Ces vacances sont grandement attendues, autant pour Lulu que pour moi !
Niveau boulot, au final je bosse 20-25 heures par semaine réparties sur 2 postes :
– Coordinateur de l’association Atipa Autisme
– Coordinateur du Numéro Vert Aidants Guyane
Le dernier me prend beaucoup plus de temps car il a fallu le mettre en place et nous sommes 8 personnes réparties dans 5 associations à avoir monté le projet donc il a fallu faire beaucoup de visioconférence pendant le confinement afin d’arriver au bout de ce beau projet qu’il faut maintenant faire vivre en trouvant des personnes motivées à nous rejoindre, des financements et des vecteurs de communication pour qu’il soit connu sur l’ensemble de la Guyane. Ce numéro permet aux personnes appelées « Aidant.es » d’avoir un numéro où appelé pour avoir de l’écoute, des informations ou une orientation.
Niveau bénévolat, je continue de m’investir dans l’asso où Lulu bosse et je suis également écoutant bénévole pour le numéro vert donc mes semaines sont bien occupées.
Après le fait de travailler à distance et d’être seul et presque entièrement autonome sur mes postes n’est pas toujours évident pour trouver de la motivation et être efficace. Il y a des semaines où j’ai l’impression d’avoir fait la moitié de ce que j’aurais pu faire et d’autres où j’arrive facilement à me motiver donc c’est aléatoire. Après je pense que les 2 semaines de pause vont me permettre de sortir la tête de tout cela, car il y a beaucoup d’informations à assimiler depuis le confinement et mon rythme de travail est devenu plus important depuis la crise, donc au retour des vacances je serais de nouveau motivé pour avancer à fond et donner ce que j’ai à donner au numéro vert et à Atipa Autisme.
Niveau vie perso, je me sens toujours aussi bien sur Régina. Chaque jour je suis heureux de vivre dans ce beau village et ça fait du bien ! Donc je suis content de mon aventure et je souhaite voir ce que me réserve la Guyane dans les mois qui arrivent !
Avec Lulu, nous faisons un aller retour en Hexagone au mois de décembre, ça fait plaisir de savoir que je vais retrouver ma famille et mes ami.es et ce qui est sûr c’est que je vais profiter de chaque instant car je suis bien ici mais j’ai envie de revoir plein de monde et de profiter de la vie avec eux.elles donc d’ici décembre je vais continuer de profiter de la Guyane et de Régina afin d’arriver plein d’énergie en France hexagonale !!
Comment parler de la Guyane sans évoquer ses fleuves ? D’abord, les deux fleuves frontières : Le plus connu, le Maroni, lieu de vie de plusieurs population. Et le franco-brésilien, l’Oyapock.
Puis il y a les fleuves de l’intérieur… Du matin au soir, nous le voyons sous nos yeux, depuis notre fenêtre, quand on se balade : l’Approuague ! Certains disent que c’est un des plus beaux fleuves de Guyane, nous on a vu seulement l’Oyapock et l’Approuague, alors on ne peut pas encore vous dire !
Toujours est-il que cela faisait longtemps, depuis notre arrivée à vrai dire, qu’on voulait « partir sur le fleuve ». C’est chose faîte ! Nous sommes partis deux jours, avec Ocivaldo, un guide de Régina, qui a plus d’une histoire dans sa tête. A 59 ans, c’est une bible de la commune, du fleuve, de son histoire mais aussi des animaux, des arbres, des plantes et de ses effets… On rentre de notre weekend avec des histoires pleiiiiins la tête, et avec une certaine admiration pour sa connaissance de la forêt amazonienne.
Avant de vous raconter nos aventures actuelles, nous allons revenir sur les histoires passées, de ce fleuve qui fut pour beaucoup symbole de l’Eldorado, et de la conquête de l’or !
Jusque vers la fin des années 1970, l’Approuague était encore sauvage et était resté peu visité par les chasseurs et les touristes ; seuls quelques habitants de Régina y trouvaient, alors à profusion, poissons et gibiers. Il faut remonter à quelque deux siècles auparavant pour y trouver les villages permanents des Amérindiens Noraks qui avaient colonisé toute la région entre l’Oyapock et la haute Comté. Ils s’étaient notamment installés sur le site de l’actuelle station de recherche du CNRS au cœur de la Réserve naturelle des Nouragues.
Entre les Amérindiens et les scientifiques ? Une véritable ruée vers l’or va fortement transformer la forêt pendant plus d’un siècle. C’est en juillet 1855 qu’un Amérindien d’origine brésilienne, Paoline, découvrit une quantité importante d’or dans la région de l’Approuague, et sur l’Arataye en particulier. Pendant près de 80 ans, l’Approuague et l’Arataye seront l’objet de nombreuses convoitises, l’orpaillage intensif dans toute la région étant à l’origine du développement de l’Est de la Guyane qui verra la création des villages de Guisanbourg, puis de Régina. Ces deux villages seront les points de ravitaillement obligés des aventuriers orpailleurs arrivant par le fleuve ; c’est toujours vrai aujourd’hui.
C’est aussi dans cette zone, à l’endroit précis du lieu de découverte de l’or en Guyane, et des anciennes zones d’orpaillage que le CNRS a installé sa station : dans la Réserve Naturelle des Nouragues. Mais cette zone continue d’être convoitée par les orpailleurs… La Réserve, c’est un lieu où on rêve d’aller avec Maxime. Un lieu en plein milieu de la forêt amazonienne, où la richesse de la faune et la flore est égale à celle du Brésil. Mais seule une poignée de chanceux y ont accès, quelques élèves de Régina de temps en temps pour sensibiliser, des professeurs, des chercheurs… Mais pas encore de touristes, pour préserver le lieu !
Ce qu’on a appris finalement ce weekend, c’est que la cohabitation entre tous et toutes est compliqué sur ce fleuve : habitants, pêcheurs/chasseurs, guide touristique, touristes, militaires et gendarmes, et orpailleurs. Chacun essaie de faire son travail, mais les conflits sont présents et des histoires sont parfois dramatiques. Chacun est surveillé par l’autre, mais l’orpaillage continue, malgré la présence forte de l’armée française, qui selon les dires, seraient moins durs et radicales que les fédéraux brésiliens. Ce qui encouragerait la venue des « garimperos » : ces chercheurs d’or du Brésil.
Le sujet de l’orpaillage, de ses effets dévastateur pour l’environnement et de la lutte menée par les gouvernements pourraient être évoqués pendant des heures, mais nous sommes loin de bien le connaître. La chose qu’on pourrait seulement retenir et partager est de bien regarder la provenance de l’or quand on achète un bijou…
Voilà donc le contexte : un fleuve immense, des sauts (espèce de cascades qui se franchissent plus ou moins bien en pirogue), de la forêt à perte de vue, des animaux bien cachés et nous 3.
Nous sommes partis samedi matin du dégrad (débarcadère des pirogues) de Régina pour environ 1H15 de pirogue, direction le sud ! Premier arrêt au carbet de Narcisse, mais siiii, vous vous rappeler de Narcisse : celui que vous aviez vu dans le reportage de Guyane la 1ere (1minute 23). C’est dans son carbet que nous avons installé notre campement.
Puis, sacré programme : pêche à la canne à pêche, pêche au filet, baignade, visite du camp Cisame et un peu d’initiation à l’orpaillage.
Quand je parle d’initiation à l’orpaillage, c’est selon la méthode traditionnelle, celle qui n’abîme pas la nature en rejetant des kilos de mercure dans le fleuve! C’est avec une sorte d’écuelle, appelé batée. J’ai cherché, j’ai cherché, et en vrai, c’est pas bien compliqué de trouver quelques poussières. Mais une poussière + une poussière + une poussière… Ca fini par payer ! J’ai arrêté avant, en voyant la pirogue qui s’était détachée et qui se faisait la malle au milieu du fleuve.. Ca aurait pu mal tourner si elle s’était échappée ! Maxime, rapide comme une loutre, est partie la chercher.
Un avec la pelle, l’autre avec la batée
Oui oui, c’est bien de l’or, mais c’est pas nous qui l’avons trouvé celui-ci!
Pirogue bien attachée
Après cette petite baignade bien agréable, direction le Camp Cisame. Il est assez connu en Guyane, c’est un camp qui peut accueillir 75 touristes, en plein milieu de la forêt et aménagé, plutôt avec goût. On ne pensait pas y aller un jour, parce que c’est pas donné (200 euros le weekend) et qu’on préfère découvrir le coin autrement, notamment avec Ocivaldo (notre guide donc!). Si on a été faire un tour la bas, c’était pas que pour se faire payer le café, c’est aussi parce que notre guide y a travaillé pendant 22 ans, et il a participé à sa construction, dans les années 80-90. Il connaît donc bien toutes les histoires de ce lieu, qui a vu défilé les touristes mais aussi les personnalités politiques. Comme le maire de Cayenne, qui venait deux fois par semaine manger, en hélicoptère…
Moi j’étais contente de voir le lieu, mais je reste dans mon idée que j’y passerai pas le weekend. C’est plus drôle de dormir vraiment dans la forêt héhé !
Ensuite, après s’être pris une bonne pluie, on est remonté sur notre pirogue pour aller pêcher ! C’est dans les sauts que ça mord le plus ! Sacré moment : succès pour Maxime (trois gros poissons, des Koumarous) et moment de solitude pour Lucie (les poissons passaient plus de temps à manger mes appâts qu’à mordre…). Les appâts étaient des noix de carapa.
Puis, on a été déposé un filet avant la tombée de la nuit.
Le soir, petit barbecue sous le carbet, et grandes histoires : la vie sur le fleuve, les communautés, les animaux sauvages, l’orpaillage, Régina et sa période de succès (au temps de l’orpaillage, on y trouvait des casinos, bars, restaurants…). Soudain, un curieux bruit : des respirations assez fortes autour du carbet, comme un gorille un peu. Tout le monde se tait. Ocivaldo, notre guide, se lève et avance calmement vers l’entrée, bien droit, posté sur ses jambes et le torse en avant. Le stress monte. Maxime croyait à un bruit de moteur, un orpailleur ou autre s’approchant. Pour moi, c’était clairement une bête, je voyais déjà le jaguar rôdé autour du carbet. Le bruit a duré une minute ou deux, on a rien vu. Il s’est arrêté comme il était venu. On ne saura jamais ce que c’était. Même notre guide n’a pas su nous dire ce que c’était. C’est un habitué des jaguars. Il en a vu plusieurs fois, et n’en a pas peur. Il les appelle même, en imitant le bruit de ses proies. Il nous dit en avoir vu une fois où nous sommes, une famille, autour de ce même carbet. Il les entendait passer, il a alors été s’installer seul un peu plus loin et a attendu qu’ils passent. Il n’a pas voulu réveiller les touristes, par crainte de faire peur à tous le monde.
Le lendemain matin, après une bonne nuit dans nos hamacs, on était levé de bon pied pour relever les filets et faire une marche dans la forêt. Dans les filets, seulement 2 koumarous.
La balade a duré 3 heures au moins, au cours de laquelle il nous a montré tant de plantes médicinales qu’on pourra pas tous vous les raconter ! Paludisme, rhumatisme, diabète, morsure de serpent, douleur au reins, tabac et même, selon lui, une plante pour atténuer le Covid 19. Une encyclopédie, qu’il tient de sa maman mais aussi de ses mois passés en forêt, avec des communautés indiennes.
Arbre Mao, d’au moins 250 ans
Une super balade, bien documentée, où on a aussi appris à se repérer dans une telle forêt. Après cela, retour au camp pour manger le poisson pêché : ma foi, très bon !
Et retour à Régina, sous une pluie battante.
Ce qu’on retiendra du weekend : une première découverte du fleuve, la sensation d’être tout petit face à cette nature immense, le fait qu’elle peut être accueillante, si on la connais bien sûr (plantes médicinales, chasse, pêche..) et l’envie de retourner plus longtemps, plus loin, mais avec le même guide héhé ! Maxime veut tester un stage survie pour apprendre un peu plus à se débrouiller en forêt et moi, j’aimerais bien rejoindre des Inselbergs en kayak sur 3 ou 4 jours pour dormir tout la haut ensuite !
Cela commençait à faire un bout de temps que nous n’savions pas écrit d’articles.. Et pour cause, les sorties sont moins fréquentes et généralement plus courtes, en raison de ce petit virus qui circule… On a fait quand même quelques sorties : mon anniversaire à Montsinéry, une journée à Cayenne pour les courses…
Le weekend dernier, nous avions pris notre lundi pour faire le pont du 14 juillet. Voici un retour sur cette petite escapade, loin de Régina :
Samedi et dimanche, couvre feu oblige, nous nous sommes « confinés » au Camp Caïman, un charmant endroit sur la route de Kaw ! On avait prévu le coup : quelques randos à faire aux alentours, un endroit plutôt sympa, des jeux de société et des panachés ! De quoi nous occuper jusqu’à la levée du couvre feu, lundi à 5h du matin !
Pendant le virus, les carbets communs sont presque toujours privatisés dès la première réservation. Parfois, ce sont donc des carbets entiers de 20 hamacs qui sont privatisés pour 2 ou 3 personnes… C’était le cas au Camp Caïman, on avait donc pris une chambre pour arranger la propriétaire des lieux, qui a pu le louer à un groupe plus nombreux.
Finalement, en deux jours, nous avons pas mal flâné dans la chambre et fais quelques petites marches, entre deux averses : petites cascades, sentier Coq de Roche (du nom d’un oiseau qu’on a jamais réussi à voir), et chutes Diamants (aussi appelé Patawa).
Maxime qui mange des glaces : ne jamais se laisser aller !
On a aussi mangé des glaces et un bon repas au gîte, et regarder un super ciel étoilé ! Bref, on se l’ai coulé douce !
Lundi matin, en forme, ou presque, et de bonne humeur pour affronter la route défoncée de Kaw et rejoindre Macouria pour louer un kayak ! On va pas vous mentir, on était pas au top de notre motivation. Sans compter la chaleur ! Après deux jours à buller, on a continué sur le kayak !
La Clio, qui s’apprête à fêter ses 200 000 km : elle aime la Guyane et nous la remercions !
On a quand même bien aimé cette petite sortie sur l’eau, à écouter la nature et la voir évoluer plus on remontait la rivière Montsinéry : mangrove, puis forêt, puis roches… De jolies paysages qui ont défilés sous nos yeux !
Le soir, nous avons rejoint Cayenne, pour dormir dans une petite maison. On s’est souvent dit qu’il fallait qu’on visite et connaisse mieux Cayenne.. Chaque fois on se repère un peu mieux, dans cette ville qui n’est pas si grosse. On a fait un détour dans notre librairie préférée et un peu de shopping, pour être fin prêt à ce qui nous attend prochainement : la saison sèche !
On est ensuite revenu dans notre petit chez nous, à Régina city.
A bientôt pour de nouvelles aventures, sur le fleuve Approuague si tout va bien 🙂
Aujourd’hui, on voulait juste vous faire partager un moment de l’histoire, mais aussi de la culture de Guyane : les commémorations de l’abolition de l’esclavage ! En Guyane, c’est le 10 Juin. Effectivement, le 10 Juin 1848, ce sont 13 000 esclaves guyanais qui sont libérés… Sur une population totale de 19 000 personnes. Cela entraînera une crise économique (notamment au niveau des plantations agricoles). La fin de cette période marquera une nouvelle ère en Guyane, tout aussi sombre : le bagne. Mais ça, on vous en parlera dans le détails lorsqu’on aura fait des visites telles que les Iles du Salut, ou le camp de la Transportation à Saint Laurent.
La Guyane ne fut pas le territoire le plus concerné parmi les Antilles par l’esclavage et le commerce triangulaire, du fait de la difficulté à s’installer sur cette terre hostile et recouverte de forêt.
Pour en savoir plus, on vous conseille cet article, réalisé à l’occasion du 170ème anniversaire. Il revient sur les grandes étapes de cette triste période de l’histoire.
Dans un sujet similaire, et en lien avec la culture Guyanaise actuelle, cet autre article retrace l’histoire des esclaves qui faisait du marronnage (qui s’échappait pour construire leur propre petite communauté, en forêt). Boni, Saramaka, Bushinengué… Sont des mots que l’on entend régulièrement ici, et cela nous permet de mieux comprendre leurs origines et ce que cela renvoi aujourd’hui à la société Guyanaise.
Si cela vous intéresse encore, des reportages devraient être diffusés sur France O peut-être… Avant que la chaîne des Outres Mer ferment définitivement cet été