Première découverte de l’Approuague…

Comment parler de la Guyane sans évoquer ses fleuves ? D’abord, les deux fleuves frontières : Le plus connu, le Maroni, lieu de vie de plusieurs population. Et le franco-brésilien, l’Oyapock.

Puis il y a les fleuves de l’intérieur… Du matin au soir, nous le voyons sous nos yeux, depuis notre fenêtre, quand on se balade : l’Approuague ! Certains disent que c’est un des plus beaux fleuves de Guyane, nous on a vu seulement l’Oyapock et l’Approuague, alors on ne peut pas encore vous dire !

Toujours est-il que cela faisait longtemps, depuis notre arrivée à vrai dire, qu’on voulait « partir sur le fleuve ». C’est chose faîte ! Nous sommes partis deux jours, avec Ocivaldo, un guide de Régina, qui a plus d’une histoire dans sa tête. A 59 ans, c’est une bible de la commune, du fleuve, de son histoire mais aussi des animaux, des arbres, des plantes et de ses effets… On rentre de notre weekend avec des histoires pleiiiiins la tête, et avec une certaine admiration pour sa connaissance de la forêt amazonienne.

Avant de vous raconter nos aventures actuelles, nous allons revenir sur les histoires passées, de ce fleuve qui fut pour beaucoup symbole de l’Eldorado, et de la conquête de l’or !

Jusque vers la fin des années 1970, l’Approuague était encore sauvage et était resté peu visité par les chasseurs et les touristes ; seuls quelques habitants de Régina y trouvaient, alors à profusion, poissons et gibiers. Il faut remonter à quelque deux siècles auparavant pour y trouver les villages permanents des Amérindiens Noraks qui avaient colonisé toute la région entre l’Oyapock et la haute Comté. Ils s’étaient notamment installés sur le site de l’actuelle station de recherche du CNRS au cœur de la Réserve naturelle des Nouragues.

Entre les Amérindiens et les scientifiques ? Une véritable ruée vers l’or va fortement transformer la forêt pendant plus d’un siècle. C’est en juillet 1855 qu’un Amérindien d’origine brésilienne, Paoline, découvrit une quantité importante d’or dans la région de l’Approuague, et sur l’Arataye en particulier. Pendant près de 80 ans, l’Approuague et l’Arataye seront l’objet de nombreuses convoitises, l’orpaillage intensif dans toute la région étant à l’origine du développement de l’Est de la Guyane qui verra la création des villages de Guisanbourg, puis de Régina. Ces deux villages seront les points de ravitaillement obligés des aventuriers orpailleurs arrivant par le fleuve ; c’est toujours vrai aujourd’hui. 

C’est aussi dans cette zone, à l’endroit précis du lieu de découverte de l’or en Guyane, et des anciennes zones d’orpaillage que le CNRS a installé sa station : dans la Réserve Naturelle des Nouragues. Mais cette zone continue d’être convoitée par les orpailleurs… La Réserve, c’est un lieu où on rêve d’aller avec Maxime. Un lieu en plein milieu de la forêt amazonienne, où la richesse de la faune et la flore est égale à celle du Brésil. Mais seule une poignée de chanceux y ont accès, quelques élèves de Régina de temps en temps pour sensibiliser, des professeurs, des chercheurs… Mais pas encore de touristes, pour préserver le lieu !

Ce qu’on a appris finalement ce weekend, c’est que la cohabitation entre tous et toutes est compliqué sur ce fleuve : habitants, pêcheurs/chasseurs, guide touristique, touristes, militaires et gendarmes, et orpailleurs. Chacun essaie de faire son travail, mais les conflits sont présents et des histoires sont parfois dramatiques. Chacun est surveillé par l’autre, mais l’orpaillage continue, malgré la présence forte de l’armée française, qui selon les dires, seraient moins durs et radicales que les fédéraux brésiliens. Ce qui encouragerait la venue des « garimperos » : ces chercheurs d’or du Brésil.

Le sujet de l’orpaillage, de ses effets dévastateur pour l’environnement et de la lutte menée par les gouvernements pourraient être évoqués pendant des heures, mais nous sommes loin de bien le connaître. La chose qu’on pourrait seulement retenir et partager est de bien regarder la provenance de l’or quand on achète un bijou…

Voilà donc le contexte : un fleuve immense, des sauts (espèce de cascades qui se franchissent plus ou moins bien en pirogue), de la forêt à perte de vue, des animaux bien cachés et nous 3.

Nous sommes partis samedi matin du dégrad (débarcadère des pirogues) de Régina pour environ 1H15 de pirogue, direction le sud ! Premier arrêt au carbet de Narcisse, mais siiii, vous vous rappeler de Narcisse : celui que vous aviez vu dans le reportage de Guyane la 1ere (1minute 23). C’est dans son carbet que nous avons installé notre campement.

Puis, sacré programme : pêche à la canne à pêche, pêche au filet, baignade, visite du camp Cisame et un peu d’initiation à l’orpaillage.

Quand je parle d’initiation à l’orpaillage, c’est selon la méthode traditionnelle, celle qui n’abîme pas la nature en rejetant des kilos de mercure dans le fleuve! C’est avec une sorte d’écuelle, appelé batée. J’ai cherché, j’ai cherché, et en vrai, c’est pas bien compliqué de trouver quelques poussières. Mais une poussière + une poussière + une poussière… Ca fini par payer ! J’ai arrêté avant, en voyant la pirogue qui s’était détachée et qui se faisait la malle au milieu du fleuve.. Ca aurait pu mal tourner si elle s’était échappée ! Maxime, rapide comme une loutre, est partie la chercher.

Pirogue bien attachée

Après cette petite baignade bien agréable, direction le Camp Cisame. Il est assez connu en Guyane, c’est un camp qui peut accueillir 75 touristes, en plein milieu de la forêt et aménagé, plutôt avec goût. On ne pensait pas y aller un jour, parce que c’est pas donné (200 euros le weekend) et qu’on préfère découvrir le coin autrement, notamment avec Ocivaldo (notre guide donc!). Si on a été faire un tour la bas, c’était pas que pour se faire payer le café, c’est aussi parce que notre guide y a travaillé pendant 22 ans, et il a participé à sa construction, dans les années 80-90. Il connaît donc bien toutes les histoires de ce lieu, qui a vu défilé les touristes mais aussi les personnalités politiques. Comme le maire de Cayenne, qui venait deux fois par semaine manger, en hélicoptère…

Moi j’étais contente de voir le lieu, mais je reste dans mon idée que j’y passerai pas le weekend. C’est plus drôle de dormir vraiment dans la forêt héhé !

Ensuite, après s’être pris une bonne pluie, on est remonté sur notre pirogue pour aller pêcher ! C’est dans les sauts que ça mord le plus ! Sacré moment : succès pour Maxime (trois gros poissons, des Koumarous) et moment de solitude pour Lucie (les poissons passaient plus de temps à manger mes appâts qu’à mordre…). Les appâts étaient des noix de carapa.

Puis, on a été déposé un filet avant la tombée de la nuit.

Le soir, petit barbecue sous le carbet, et grandes histoires : la vie sur le fleuve, les communautés, les animaux sauvages, l’orpaillage, Régina et sa période de succès (au temps de l’orpaillage, on y trouvait des casinos, bars, restaurants…). Soudain, un curieux bruit : des respirations assez fortes autour du carbet, comme un gorille un peu. Tout le monde se tait. Ocivaldo, notre guide, se lève et avance calmement vers l’entrée, bien droit, posté sur ses jambes et le torse en avant. Le stress monte. Maxime croyait à un bruit de moteur, un orpailleur ou autre s’approchant. Pour moi, c’était clairement une bête, je voyais déjà le jaguar rôdé autour du carbet. Le bruit a duré une minute ou deux, on a rien vu. Il s’est arrêté comme il était venu. On ne saura jamais ce que c’était. Même notre guide n’a pas su nous dire ce que c’était. C’est un habitué des jaguars. Il en a vu plusieurs fois, et n’en a pas peur. Il les appelle même, en imitant le bruit de ses proies. Il nous dit en avoir vu une fois où nous sommes, une famille, autour de ce même carbet. Il les entendait passer, il a alors été s’installer seul un peu plus loin et a attendu qu’ils passent. Il n’a pas voulu réveiller les touristes, par crainte de faire peur à tous le monde.

Le lendemain matin, après une bonne nuit dans nos hamacs, on était levé de bon pied pour relever les filets et faire une marche dans la forêt. Dans les filets, seulement 2 koumarous.

La balade a duré 3 heures au moins, au cours de laquelle il nous a montré tant de plantes médicinales qu’on pourra pas tous vous les raconter ! Paludisme, rhumatisme, diabète, morsure de serpent, douleur au reins, tabac et même, selon lui, une plante pour atténuer le Covid 19. Une encyclopédie, qu’il tient de sa maman mais aussi de ses mois passés en forêt, avec des communautés indiennes.

Une super balade, bien documentée, où on a aussi appris à se repérer dans une telle forêt. Après cela, retour au camp pour manger le poisson pêché : ma foi, très bon !

Et retour à Régina, sous une pluie battante.

Ce qu’on retiendra du weekend : une première découverte du fleuve, la sensation d’être tout petit face à cette nature immense, le fait qu’elle peut être accueillante, si on la connais bien sûr (plantes médicinales, chasse, pêche..) et l’envie de retourner plus longtemps, plus loin, mais avec le même guide héhé ! Maxime veut tester un stage survie pour apprendre un peu plus à se débrouiller en forêt et moi, j’aimerais bien rejoindre des Inselbergs en kayak sur 3 ou 4 jours pour dormir tout la haut ensuite !

Une réflexion sur “Première découverte de l’Approuague…

  1. Avatar de dauboin dauboin 1 août 2020 / 9 h 22 min

    coucou les guyanais .
    encore un reportage ou vos commentaires donnent envie de vous accompagner
    surtout moi car je pense que sylvie resterait au carbet et encore !!!!!!!!!
    ce qui est sur c’est que depuis le debut de votre séjour , vous n’hésitez pas a sortir
    pour découvrir et ça c’est cool !
    mais alors maxime rapide comme une loutre j’aurais aimé voir ça . hihi
    je vous fais de gros poutous .et vivement le prochain reportage
    (lucie et max a chaque fois vos reportages sont tres bien racontés et nous sommes
    fiers quand nous vous lisons) a tres bientot . portez vous bien et soyez heureux

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